Mussolini, Garrincha et les diables rouges

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cover-id_été2014[2]Le refrain est connu : il y a les footeux, et ceux qui s’en foutent. Le foot passion et le foot business, la fête et l’opium du peuple, les valeurs du sport (sa « glorieuse incertitude ») et celles de l’argent fou, de la triche et de la corruption.

Pour ce numéro d’été, C4 a choisi de ne pas jouer les arbitres. Juste quelques regards décalés, en passant, et parmi bien d’autres choses. Qu’est-ce que le foot et sa grand messe, le Mondial, peuvent nous dire aujourd’hui, sur le monde dans lequel nous vivons ? Sur ses rapports de force, économiques et géopolitiques ? Sur nos rites (le stade et ses dieux) ? Sur nos identités vacillantes qui semblent trouver, l’espace d’une compétition, le moyen de se requinquer ?

Le Mondial est né en 1930, première tentative, timide, de globalisation. Quatre ans plus tard, en Italie fasciste, Mussolini, dans une ambiance surréaliste et avec des arbitres à sa botte, s’empare de la fête pour en faire un prodigieux instrument de propagande. Une leçon qui ne sera pas oubliée : en 1970, et en 1978, les dictatures brésilienne et argentine remettront le couvert.

Aujourd’hui, dans un Brésil devenu démocratique, on n’oublie pas que ce sont des joueurs noirs qui ont inventé le dribble, et le plus beau football du monde, pour se faufiler entre des joueurs blancs médusés, sans les toucher, de peur des représailles. Garrincha, c’était le roi du dribble.

Il était boiteux, et presque analphabète. Il est mort à cinquante ans, alcoolique, dépressif et ruiné. Le stade national, à Brasilia, porte désormais son nom. Les Brésiliens en sont très fiers. Ils lui dédieront sûrement la coupe, s’ils la remportent, pour la sixième fois. Mais beaucoup d’entre eux ne s’en demandent pas moins pourquoi on a consacré autant d’argent à construire des stades, plutôt que des écoles, des logements, ou des hôpitaux.

C’est toujours ainsi, avec le Mondial : ombre et lumière, thèse et antithèse. Voyez les équipes nationales : fête collective et participation communautaire, ou chauvinisme et nationalisme ? La Belgique décline tout cela comme elle peut, à coups de chaussettes aux couleurs nationales, pour emmitoufler les rétroviseurs.

Mais les joueurs de la sélection, les diables rouges, blancs, blacks ou beurs sont tous nés en Belgique, purs produits du foot belge.

Mais les joueurs de la sélection, les diables rouges, blancs, blacks ou beurs sont tous nés en Belgique, purs produits du foot belge, d’Anvers à Liège et de Bruxelles à Saint Trond. Si cela se trouve, le lion des Flandres et le coq wallon pourront même rugir et cocoricoter ensemble. Ça durera ce que ça durera.

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