Edito

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Mise en page 1Sherwood, c’est cette forêt d’Angleterre où, selon la légende, s’étaient réfugiés Robin des Bois et la bande de ses joyeux compagnons. Résolument en marge du désordre établi, ils défiaient les évêques, le shérif du comté, et le roi usurpateur. Robin, dit-on, n’avait qu’un seul but : rétablir un ordre juste, celui qu’incarnerait le roi légitime, Richard I, opportunément surnommé « Coeur de Lion ». Fort heureusement, les bons finissaient par gagner… Sherwood, aujourd’hui, c’est moins drôle : une forêt mentale et sociale, qui n’abrite plus que ceux que l’on y a envoyés, le plus souvent contraints et forcés. Combien seront-ils, dans les prochains mois, à devoir se « sherwoodiser », pour cause de suppression de leurs allocations de chômage ? 30 000, selon les estimations. 30 000 chômeurs en fin de droits, dans la logique d’un plan d’accompagnement qui ne les aura guère accompagnés que vers la sortie. Peut-être rencontrera- t-on aussi, à Sherwood, des exilés volontaires, des désaffiliés prêts à relever le défi de la marginalisation dans des initiatives nouvelles : coopératives, économie sociale. Peut-être y croisera- t-on même quelques allumés de la « deep ecology », sur fond de misanthropie générale. Ceux là pourraient bien devenir les Savonarole emmerdeurs de demain… Mais, pour la masse de ceux et celles qu’elle abritera (plutôt mal) Sherwood, ce sera lourd, très lourd… A l’autre pôle de la société, c’est à dire à des années lumière de nous, existe, et plus que jamais, un autre refuge, doré sur tranches et d’un accès presqu’impossible : le Gotha. Le nom est celui d’une ville d’Allemagne où l’on publiait, jadis, un Annuaire généalogique répertoriant les grandes familles souveraines, seigneuriales et princières. Le Gotha, aujourd’hui, c’est le refuge de la haute bourgeoisie industrielle et surtout financière, remarquablement anlysée par un couple de sociologues français, les Pinçon-Charlot. Dans les ghettos du Gotha, on vit d’abord entre soi, dans un réseau serré d’associations, de clubs, de cercles et de comités. Aucun problème, ici, pour assumer une conscience de classe forte et structurée. La seule obsession est la transmission patrimoniale, soigneusement verrouillée. Les people rôdent dans ces parages. Ils assurent le spectacle, pour le divertissement du bon peuple. On n’est, bien sûr, pas obligés de les regarder. Rideau. Reste à faire entendre à nouveau, dans la forêt de Sherwood, le rire de Robin des Bois. Rude travail…
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