Allô ? Le peuple ?

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PEUPLE, Le : nom collectif difficile à définir, parce qu’on s’en forme des idées différentes selon les divers lieux, dans les divers temps, et selon la nature des gouvernements.
C’est ainsi que l’Encyclopédie tentait de définir le peuple, au milieu du 18ème siècle. Manifestement, Diderot, d’Alembert et leurs confrères n’y voyaient déjà pas très clair. Et depuis, ça ne s’est pas arrangé. Quel est donc ce peuple au nom duquel on nous parle aujourd’hui ? Au lendemain de la Révolution française, le peuple était souverain. Il fondait la légitimité d’un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. Depuis, par un subtil besoin de distinction sociale, les bourgeois, les négociants, les financiers, les entrepreneurs, les gens de loi, de lettres et de bien d’autres choses, n’ont cessé de vouloir sortir du peuple. Par le haut, bien entendu. Il n’est donc forcément resté que le peuple d’en bas, celui des travailleurs et autres « couches populaires », si chers aux communistes au temps de leur splendeur. En haut, on regardait ce peuple et sa culture de masse d’un œil condescendant, ou méfiant : car le peuple, c’était aussi la foule, ou la populace, dont les passions, dit-on, sont toujours redoutables.

Aujourd’hui, ce sont les populistes qui draguent le peuple. Ils ont, en la matière, un certain savoir-faire, que leur a légué l’histoire : les partis fascistes furent, aussi, à leur manière, des partis populaires. Les populistes disposent aussi d’un boulevard : le grand vide laissé par le social libéralisme, qui, du peuple, n’a plus grand chose à faire. Les populistes, eux, disent vouloir donner la parole au peuple. Ils pourraient aussi bien la reprendre, s’ils estimaient que le peuple n’avait finalement rien à dire, ou en tous cas, rien qu’ils veuillent entendre.
Le peuple est-il dupe de cette danse du ventre un peu obscène ? Rien n’est moins sûr. Car le peuple résiste, et il ne cesse de se redéfinir, dans de nouvelles cartographies sociales, culturelles, et politiques. Les clivages traditionnels de la culture (entre culture élitiste et culture de masse) ont vécu. Ils ne correspondent plus aux classes sociales et aux qualifications traditionnelles. Ils traversent désormais les individus. Il faut repenser le peuple, ses pratiques et ses aspirations. Dans la seule perspective qui vaille : celle d’un nouveau contrat social.

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