Le joueur de flûte

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La vie était aisée pour les habitants d’Hamelin en Allemagne. Les riches avaient beaucoup plus que nécessaire et les pauvres n’étaient pas  trop pauvres, même si de plus en plus nombreux étaient ceux qui peinaient à joindre les deux bouts et craignaient de basculer dans la misère. Mais au lieu d’être contents, ces gens aisés qui pouvaient, pour Noël, se payer chapons et rôtis, dindes et foie gras, se montraient égoïstes, cupides et craintifs.

La migration représente le défi par excellence du 21e siècle. Le nombre de conflits à travers le monde ne cesse d’augmenter. Ceux-ci entraînent un afflux de réfugiés qui pèse principalement sur les pays limitrophes des régions d’origine. Face à ce défi, la Belgique et les autres pays de l’Union européenne seront également amenés à mieux organiser les flux migratoires, liés tant à des raisons humanitaires qu’économiques.

Personne ne remarqua un rat qui se faufilait à travers les portes de la ville. Il fut suivi d’un autre, puis d’un autre. Au bout de cinq minutes, il y avait une centaine de rats, au bout d’une heure ils étaient plus d’un millier.

Le gouvernement évaluera en profondeur la politique d’asile et d’immigration, dans le but d’améliorer la transparence, la qualité et l’efficacité des décisions prises. La numérisation et l’harmonisation des systèmes numériques entre les différentes autorités aideront à la réalisation de cet objectif.

La rue couverte qui jouxte la gare du Midi, à Bruxelles, est une importante station de bus et de trams. Une trentaine de sans abri y ont trouvé refuge. Leurs matelas sont alignés sur le trottoir opposé à la gare, à proximité de l’arrêt des lignes 81 et 82. Les hommes sont emmitouflés et allongés sur leur matelas. D’autres, debout, fument une cigarette.

Nous passons un tiers de notre vie dans notre lit. Il est primordial de choisir un excellent matelas et un sommier parfait. Une bonne nuit de sommeil procure une meilleure forme physique et intellectuelle. Nous nous sentons alors détendus et commençons une nouvelle journée du bon pied.

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Sandu, père de famille roumain de 40 ans venu chercher fortune en Belgique, est adossé à la balustrade un peu plus loin. « Ici, il fait froid et c’est la merde ! Mais au moins, on a une place. Si je pars 5 minutes, les gens qui passent me prendront tout de suite ma couverture et mon lit », assure-t-il. Avant d’expliquer son dilemme : il veut chercher du travail mais s’il s’éloigne, il perdra tout ce qu’il possède.

Souricières, ratières, pièges, poison étaient inutiles. On avait fait venir de Brème un bateau chargé de onze cents chats ; mais rien n’y faisait. Pour mille rats qu’on  tuait, il en revenait dix mille, et plus affamés que les premiers. Bref, si l’on n’avait pas trouvé de remède à ce fléau, pas un grain de blé ne fût resté dans Hamelin, et tous les habitants seraient morts de faim.

La crise aiguë de l’accueil est passée. Mais au vu des conflits internationaux, entre autres, une augmentation du nombre de demandeurs d’asile n’est pas à exclure et une capacité (tampon) suffisante doit être maintenue. Pouvons-nous accueillir toute la misère du monde ? En tant que défenseurs de l’Europe, nous voulons un renforcement de Frontex pour sécuriser les frontières et lutter contre l’immigration clandestine et les réseaux de traites des êtres humains.

Dans la rue couverte, une femme, la cinquantaine, est assise sur un banc. Elle téléphone. Elle dit au téléphone qu’elle ne peut pas rester comme ça. Elle est malade et n’a plus d’argent. Non, elle ne peut pas rester comme ça. Elle est dans la merde. Elle doit 500 € à l’autre à qui elle téléphone, elle sait qu’elle lui doit cet
argent, mais il doit l’aider, elle est complètement dans la merde. Ça ne va pas, dit-elle en toussant, ça ne peut pas continuer, on n’est pas des animaux. Tu veux que je revienne, que je revienne, on en a déjà parlé, on ne va pas répéter chaque fois la même chose. On ne va pas aller loin avec ça. J’ai besoin d’argent. Il faut que tu me donnes des sous. Fais-ça pour moi. Tu vas à la banque  demain matin et tu me verses cet argent.

Nous devons instaurer un droit de rôle équitable. Ce système existe déjà dans les pays voisins, notamment aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en France. Le demandeur d’un permis de séjour s’acquitte ainsi d’une somme d’argent pour le service offert.

L’étranger quitta l’Hôtel de ville et se dirigea vers la place du marché. Il commença à jouer une étrange mélodie sur une simple flûte en bois. Dès les premières notes, les rats cessèrent de manger pour écouter la chanson du Joueur de flûte. Puis, d’un même mouvement, tous accoururent des ruelles, détalèrent des maisons, et s’élancèrent hors des boutiques pour venir se rassembler autour de lui.

Le 3 octobre 2013, un bateau de pêche transportant plus de 500 migrants, en majorité des Erythréens fuyant les persécutions, les conflits et la pauvreté, coulait au large de l’île italienne de Lampedusa. Pris au piège dans ses cales, au moins 366 passagers, dont beaucoup de femmes et d’enfants, allaient mourir noyés. L’histoire se répéta à plusieurs reprises. Le record des décès fut battu le dimanche 19 avril 2015 : plus de 700 morts.

Une fois tous les rats rassemblés, le joueur de flûte se dirigea vers la rivière. L’homme entra dans l’eau jusqu’au cou et les rats le suivaient toujours, les yeux fermés, fascinés et confiants. Il s’arrêta au milieu du courant tout en continuant à jouer. Les rats, épuisés par leur nage forcée, engourdis par la musique dont ils ne pouvaient s’arracher, se noyèrent jusqu’au dernier.

La politique de retour constitue le point d’orgue d’une politique d’asile et de migration performante. Lorsque l’étranger choisit de ne pas repartir volontairement, des mesures plus répressives doivent être prises. L’État de droit, c’est ça aussi. Pour assurer ces retours forcés, une approche humaine s’avère indispensable.  L’accompagnement social et psychosocial sera  encore renforcé.

C’est dans la rue couverte que les tramways de la Stib s’engagent dans le tunnel du prémétro. Après le virage, un peu à droite, se trouve une rampe d’escalier. Si on passe la palissade, qu’on saute par-dessus le grillage et qu’on descende  une vingtaine de marches, on arrive à l’entrée d’une galerie qui se termine par un mur. Dans ce trou ont été découverts en 2004 deux corps couchés côte à côte, l’un en état avancé de décomposition, le second de momification. Les cadavres reposaient sous plusieurs couches de couvertures à même le sol, dans la fange et la crasse. Les causes des décès sont inconnues. On évoque le froid, la malnutrition, l’alcool, l’usure, la maladie, peut-être des aliments avariés. Les policiers disent que ces hommes ne sont pas morts comme des chiens mais comme des rats, dans un trou.

À la radio, un témoin, un pêcheur épouvanté par le naufrage balbutie : « J’ai d’abord perçu un cri, j’ai cru que c’étaient des mouettes. »  Dans la gazette, un journaliste titre  : « Une société qui permet ça est-elle encore une société ? »

Outre les mérites sportifs, socioculturels ou encore scientifiques, des mérites économiques seront également pris en compte pour l’octroi de la naturalisation. Une définition légale sera élaborée à cet effet. la Belgique dispose en effet de main-d’œuvre et de cerveaux (hands and brains) et a besoin de faire preuve d’ouverture  pour se maintenir au cours des prochaines décennies.

Dans la rue couverte passent quatre petits garçons, d’environ six à dix ans, qui portent chacun à bout de bras une boîte en carton. Ils sont emmitouflés dans de grosses vestes d’hiver, écharpe, bonnet de laine. Ils marchent d’un bon pas, l’
air joyeux, excité. Il est dix heure du soir. Leur babil est un chant d’oiseau.  Que renferment les boîtes ?  Des quartiers de pizzas, des restes donnés par les serveurs d’une pizzeria voisine. Les enfants sont contents, ils ramènent à manger à leur famille. Ils se hâtent de rentrer. De la buée s’échappe de leurs bouches. Leurs joues sont rouges, leurs yeux brillent.

Et tandis qu’ils s’éloignent, on  entend résonner dans la nuit un petit air de flûte, une musique qui les entraîne, qui bientôt entraînera tous nos enfants derrière eux, tous les enfants de nos égoïsme et de notre servilité, qui traverseront la rue couverte, franchiront le pont sur la rivière, gagneront la montagne sur les pas du joueur de flûte, tous nos enfants d’espoir qui se seront  rassemblés autour de lui en chantant, riant et dansant, et les parents que nous sommes auront beau leur crier : « N’allez pas avec lui, revenez avec nous, par pitié » ils continueront de marcher,  si heureux que personne  jamais ne pourra les faire changer de route, et quand la montagne s’ouvrira au son de  la flûte, ils passeront l’un après l’autre à travers l’entrée de la caverne qui se refermera aussitôt,  et d’eux plus jamais nous n’aurons de nouvelles.

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